Voici un article de 3000 mots que m'a inspiré, non pas "The Wrestler" en tant que film, mais son rapport au reste de l'oeuvre de Darren Aronofsky. Il est suivi d'une courte critique du film.
ARONOFSKY, PEINTRE DE LA CHUTE
Après quatre long-métrages (trois pour moi qui n’ai pas vu "The Fountain"), il est possible de se faire une bonne idée de qui est Darren Aronofsky, ou du moins, de ce qui accapare son esprit lorsqu’il se retrouve derrière la caméra. Le mystère entourant "Pi" a cédé le pas aux révélations offertes par "Requiem for a Dream" et surtout, "The Wrestler", qui nous livrent des secrets enfouis loin sous la spirale transcendentale du nombre magique ou la promesse d’immortalité que laisse miroiter l’arbre de jouvence. Car malgré quelques extravagances stylistiques et conceptuelles, Aronofsky se révèle être un réalisateur incroyablement terre-à-terre, un réalisateur intime et humain qui brosse avec ses films autant de natures mortes.
Après quatre long-métrages, il est devenu impossible de douter du fait qu’Aronofsky est bel et bien un auteur. En tant que tel, il est d’ailleurs plus que bienvenue dans le paysage cinématographique américain que les impératifs du commerce risquent à tout moment d'engloutir sous une mer de conformité. Il nous faut des "Pi", et des "The Wrestler" pour déjouer la piège de la rentabilité qui a déjà réussi à museler les médias d'information. Car, quand l'art n'est plus libre, la liberté n'est plus libre.
C’est beau de qualifier Aronofsky d’auteur, comme on a pu le faire avec Wes Anderson, par exemple. Mais là où les films d’Anderson semblent presque être des copies l’un de l’autre (ou du moins, semblent mettre en scène une poignée de personnages récurrents dans une seule aventure longue de plusieurs métrages), les films d’Aronofsky choquent par leur divergences de rythme et d’esthétique. Or, trouver l’auteur derrière ces divergeances nécessite un effort d’analyse qui rend son travail encore plus intéressant qu’il ne l’est à prime abord.
En m’asseyant devant The Wrestler, je ne pouvais m’empêcher de chercher plus loin que le mélodrame d’un vieil homme dépassé par les événements. Déçu de ne pas retrouver la structure éclatée et onirique de Pi (mon préféré des films d’Aronofsky), je recherchais désespérément la signature de l’auteur. Car contrairement au reste de l’auditoire, je n’étais pas venu rire ou pleurer de la carcasse de Mickey Rourke. J’étais venu voir un Aronofsky, et j’ai peiné à retrouver sa trace dans ce récit crépusculaire aux relents de Million Dollar Baby, dans ce récit intimiste et terre-à-terre qui, au lieu de pénétrer directement dans l’esprit de son protagoniste, comme ce fut le cas pour Max Cohen, semble se contenter d’effleurer la surface.
Il m’aura fallu jusqu’après le film pour constater les similitudes, pourtant flagrantes, qui existent entre Pi, Requiem for a Dream, et The Wrestler. Dans chacune de ces oeuvres, tout ce qui monte (vers le divin) doit redescendre (jusque sous le sol). Et voilà le fardeau accablant l’humanité, qui elle-même est à mi-chemin entre le dieu et l’animal : le rêve de puissance divine ne dure qu’un temps, car il faut vite faire face aux réalités plus tangibles de l’existence humaine.
Tous les personnages d’Aronofsky, comme Icare, volent si haut qu’ils se brûlent les ailes qu’ils ont fabriquées pour dépasser leur humanité. Et ils chutent, car ils sont retenus au sol par une chaînette dorée qu’est le réalisateur lui-même, et dont la message se répète inlassablement, malgré les différentes approches techniques qu’il utilise pour mettre en scène ses différents personnages. Ce message est le suivant : peu importe les expériences transcendantales qu’il tente, l’homme n’est finalement qu’un homme. L’accession à la divinité n’est qu’un rêve que la corporalité humaine ramène violemment à la terre.
Max Cohen, le mathématicien névrosé de Pi nous offre peut-être le meilleur exemple de cela. En effet, il est si proche de découvrir le secret de l’univers que son cerveau, pourtant magnifique, lâche. Tiraillé par deux groupes de fanatiques qui veulent s’approprier sa découverte (pour des raisons bien différentes), il déchire sous la pression. Il n’est pas assez fort pour soutenir le poids immense de la vérité. Il décide alors volontairement, grâce à une petite opération clandestine, de revenir à un état de béate médiocrité. À la fin du film, il n’est plus rien de ce qu’il a été. L’homme qui s’était approché à un pas de la divinité a perdu toute faculté de calcul mental. Mais maintenant qu’il a perdu tous ses talents, le monde autour de lui semble s’être calmé, et il peut maintenant observer calmement le soleil. Pi, c’est l’histoire d’une ascension fulgurante jusqu’aux limites de l’esprit, suivie par une chute brutale jusqu’à la médiocrité, qui seule peut être garante du bonheur humain.
Dans Requiem for a Dream, Harry Goldfarb, ses amis, et sa mère s’élèvent au-dessus des dures réalités quotidiennes grâce aux drogues (légales et illégales) qui les font planer sans souci au-dessus de l’existence. Cependant, ils accumuleront meurtrissures et douleurs cruelles qui leur rappèleront que transcender l’expérience physique est impossible. Dans cette perspective, le bras d’Harry est le théâtre d’un drame poignant. Pour le jeune homme, son bras ne correspond pas à la réalité physique d’un bras. Il s’en sert plutôt comme un passe-partout vers le rêve. Mais ce faisant, il le néglige. Il fait abstraction des soins rendus nécessaires par sa corporalité en ne s’attachant qu’aux plaisirs transcendentaux que celle-ci peut lui procurer. Et à la fin, il le perd, son bras. Pour rien, pour un rêve éphémère. D’ailleurs, quiconque a vu le film se rappelera de la sordide blessure que porte Harry, et qui sert de lien morbide entre l’esprit vagabond du jeune homme, et le réel.
Sara Goldfarb, la mère d’Harry, rejette pour sa part les réalités tangibles de la vieillesse (dans son cas, l’embonpoint des femmes matures), et décide de déjouer la nature grâce à des pilules. Son élévation, pourtant, ne la préparera que pour une chute encore plus dure que ne l’aurait jamais été l’acceptation de sa condition. À la fin, il ne reste plus qu’une coquille vide là où il y avait une femme qui rêvait de jeunesse éternelle. La nature a gagné, en ce qu’elle a imposé à l’être humain l’humilité de sa condition. Sara et Harry deviennent au cours du récit des êtres brisés, mais s’ils perdent leurs illusions d’immortalité, c’est pour redécouvrir, de façon plutôt cruelle, leur humanité perdue.
La séquence d’ouverture de The Wrestler démontre d’emblée le leitmotiv de la chute. On y voit des coupures de journaux détaillant les moments forts de la carrière de Randy « The Ram » Robinson. À ce qu’on peut voir, Randy est une légende. C’est un dieu. Lorsque l’écran vire au noir, par contre, on entend sur la bande-son une violente quinte de toux provenant de la gorge d’un vieil homme. Le message est simple : bien que sa carrière soit légendaire, Randy doit maintenant faire face aux réalités de l’existence humaine. Il doit confronter les limitations de son corps vieillissant. Il risque même de perdre sa divinité, et de plonger dans la médiocrité des masses. Son emploi dans une épicerie le lui rappelle cruellement.
Mais Randy est un guerrier. Il n’acceptera jamais sa condition, et même après un infarctus qui le terrasse suite à un combat particulièrement intense, il refusera de se plier aux impératifs de sa corporalité. L’attrait de la gloire est trop grand, si bien qu’à la fin, il se tue en tentant d’atteindre les cieux. Cela dit, la chute est litérale dans The Wrestler : c’est le fameux saut de la troisième corde de Randy, sa prise fétiche que Rourke éxecute avec brio malgré la grande difficulté de la chose (chapeau à Rourke qui à 52 ans, rejet de l’institution cinématographique, trouve le courage de se dénuder et saigner pour la caméra). Lorsque Randy est debout sur les cordes, saluant la foule en délire, il est un dieu. Il est au-dessus de tout, au sommet de l’Olympe. Mais tout de suite après, il doit retomber sur le sol dur du ring. À la fin, comme au début du film, le leitmotiv de la chute est condensé. Sachant que son coeur va bientôt lui faire défaut, Randy décide tout de même de monter sur la troisième corde, et d’épater ses fans lors de son combat final. En sautant, il attend la divinité devant une foule en délire réunie pour célébrer un combat-revenge légendaire. Puis, il s’écrase, et meurt, redevenant ainsi un être humain à sa plus simple expression : un morceau de viande sanguinolent et froid.
Ce qui est intéressant de constater, c’est qu’en mourrant ainsi sur le ring, Randy s’assure d’un héritage divin. Il deviendra le suprême guerrier, mort pour ses fans, mort en faisant sa prise fétiche. Cela dit, il semble que l’humanité ne peut pas survivre à sa déification. Encore une fois, le désir de grandeur se heurte à la réalité corporelle humaine. D’une certaine façon, on pourrait prétendre que Randy a atteint son but, et qu’il a découvert le secret de l’immortalité. En faisant abstraction de ses douleurs cardiaques, de la lourdeur de son vieux corps, et en montant malgré tout sur la troisième corde, Randy a transcendé avec succès son enveloppe corporelle. Mais s’il l’a fait, ç’aura été en échange de sa vie. Comme Max qui s’était percé le crâne dix ans auparavant, Randy passe en un instant de demi-dieu à moins-qu’humain. Souvenons-nous du morceau de papier sur lequel Max transcrit le nombre magique, sur lequel il est inscrit ces mots qui résonneront à travers toute l’oeuvre d’Aronofsky : « Only God is Perfect. » (Seul Dieu est parfait). L’homme ne peut approcher sa perfection qu’en le payant cher.
Quoiqu’il en soit, toute analyse sensée d’un film réalisé par un auteur tel qu’Aronofsky doit s’appuyer sur les lieux communs, sur les leitmotivs qui parcourent son oeuvre. Si l’on admet la statut d’auteur d’un réalisateur, on admet de facto que chacun de ses films porte sa signature, et qu’ainsi, ils ne peuvent en aucun cas être considérés comme indépendants l’un de l’autre. Penser le cinéma, c’est ça. C’est faire des liens de parenté entre les oeuvres qui vont plus loin que leur simple appréciation. Le cinéma, c’est une infinité d’interrelations sonores et visuelles. Son étude est aussi riche et complexe que celle de n’importe quelle science, dite « naturelle ». Il suffit de se donner la peine d’aller voir plus près.
ARONOFSKY ET SES PROTAGONISTES
Outre le thème de la chute, qui semble relier tous les films d’Aronofsky, la relation que le réalisateur entretient avec ses protagonistes est aussi un élément de sa signature. Cherchant leur humanité dans leur douleur et leurs secrets honteux, Aronofsky n’hésite pas à partager l’intimité de ses personnages.
Cela dit, il est significatif de retrouver à travers son oeuvre de nombreuses scènes importantes tournées dans les toilettes, lieu d’intimité par excellence. Dans Pi, Max s’y retrouve à de nombreuses reprises, pour y prendre ses médicaments, et y faire ses crises à l’abri du monde. Dans Requiem for a Dream, il y a cette superbe scène sous-marine (reprise par Satoshi Kon dans son chef-d’oeuvre, Perfect Blue) où Marion, recroquevillée en position foetale, crie son désespoir sans pourtant produire de son. Sa rage et sa douleur, comme celles de Max, ne quitteront jamais la salle de bain, même pas la baignoire.
Dans The Wrestler, on surprend Randy, culottes baissées, en train de baiser une de ses groupies. Cela se passe lors de la soirée qu’il avait pourtant consacrée à sa fille, chair de sa chair, qu’il délaisse alors pour la énième fois à cause de son désir de gloire. Car auprès de sa fille, il n’est que peu de choses. Comme il le dit, il n’est qu’un bout de viande qui mérite la solitude; c’est un mauvais père, vieux et pathétique, qui tente de se racheter après de trop longues années. Au contraire, auprès de sa groupie, il est l’éternel Randy « The Ram », et c’est pourquoi il la préfère alors à sa fille, car elle n’est liée à lui que par l’image déifiée de la vedette, et lui évite ainsi de penser à la réalité tangible de son existence.
Comme je l’ai mentionné plus tôt, il m’a d’abord été dur de situer The Wrestler par rapport à Pi et Requiem for a Dream. C’est faute d’avoir constaté la relation intimiste reliant Aronofsky à ses personnages, relation exacerbée par la simplicité, et le réalisme de son dernier film. En voyant la caméra coller à la peau de Randy en faisant le compte de ses blessures sordides, j’ai compris qu’elle était complètement obnubilée par lui. J’ai compris que c’est Aronofsky lui-même qui s’adaptait à ses personnages, et non l’inverse.
Ce qui justifie le montage éclaté, le grain épais, et les dérapages de la bande sonore dans Pi, c’est le personnage de Max, et sa structure mentale que le film tente de dépeindre le plus fidèlement possible. Contrairement à Randy, Max est un homme entièrement cérébral, et c’est ce qui justifie que le film le mettant en scène soit si cérébral. Pour sa part, Randy est un homme simple, et terre à terre, ce qui justifie le traitement qui lui est réservé dans The Wrestler.
Ce qu’Aronofsky met en scène, ce n’est pas un monde dans lequel il y a des personnages. Non. Ce qu’il montre, ce sont les mondes des personnages, mondes qui leur appartiennent à eux, pas à lui. En embarquant à bord d’un de ses films, le spectateur partage la cabine de ses protagonistes. Il voit la réalité comme eux la voient. Après tout, le pari que fait Aronofsky, c’est de les connaître le mieux possible. De comprendre leur humanité, d’apprécier la fragilité de leur état, car c’est aussi celui que nous partageons tous.
Et malgré le fait que leurs mondes sont tous remplis d’une part de douleur et de tristesse incommensurable, il y a toujours autour d’eux des possibilités tangibles de bonheur. Il y a toujours un échappatoire dans leurs mondes au désir de transcendence. Pour Max, qui pourtant est un hermite paranoïaque, il y a ses jolies voisines (Devi, la jeune femme qui lui apporte à manger, et Jenna, la fillette à la calculatrice), le loquace Lenny Meyer, et surtout, son mentor Sol Robeson. À la fin, il y a le soleil, qui lui suffit, après son opération, pour apprécier la vie. Pour Harry, il y a l’amour de la superbe Marion, tandis que sa mère a le verbe de ses compagnons de palier. Pour Randy aussi, il y a l’amour, l’amour de sa fille et de Pam.
Plus sa carrière avance, plus il devient clair que les personnages d’Aronofsky sacrifient tous un bonheur tangible ou profit d’un bonheur hautement hypothétique. Max n’est pas satisfait du génie dont il a hérité de la nature, et qui trouve son expression dans l’étude des mathématiques. Non seulement cherche-t-il à percer à jour le mystère de l’univers, mais il se garde jalousement de partager ses idées avec le reste de la communauté scientifique. Harry et Marion n’arrivent pas à comprendre que l’amour est plus important, mais surtout plus rare, que la richesse. La course qu’ils entreprennent pour « améliorer leur condition » est incroyablement mal avisée. Car, leur « condition », avant d’être le statut social (chose artificiellement créée par une société rendue malade par l’avarice), c’est la condition humaine. Marion et Harry sont jeunes, beaux, et amoureux, mais par-dessus tout, ils sont vivants, et ils sont ensemble. Ils ont le bonheur dans les mains, mais ils décident de le laisser tomber afin d’empoigner les barreaux d’une échelle du sommet de laquelle ils vont plonger vers la mort. Randy, comme Sara Goldfarb d’ailleurs, ne veulent pas faire face à la réalité de leur vieillesse. En souhaitant transcender leur condition, ils commettent le péché de la démesure, et ils meurent pour leurs troubles. Randy, qui lui n'a jamais voulu d'une vie qu'il considère comme "ordinaire", a jeté par-dessus bord ce qui lui aurait assuré un vrai bonheur d’homme jusqu’à la fin de ses jours : l’amour de sa fille. À la limite, il est presque choquant de constater que les protagonistes d’Aronofsky semble souvent préférer la poursuite d’un rêve dément que la sollicitude des belles femmes qui les entourent.
Accepter sa condition, c’est la première étape vers le bonheur. Car le bonheur se situe sur Terre, autour de nous, dans les limitations imposées par notre humanité, qui sont autant de limitations que pourront reconnaître nos pairs, et qui les attireront vers eux. La démesure mène toujours à la mort, mort physique ou spirituelle. Mais surtout, la démesure n’est pas garante du bonheur, c’est une poursuite purement égoïste qui fait de l’homme bien moins qu’il n’est en vérité (c’est-à-dire un être communautaire). Seul Dieu est parfait. Pour notre part, nous devons tenter de canaliser les talents qui nous sont impartis vers la périphérie, et non vers le haut. Ce ne sont pas les cieux que nous devons gracier de notre présence, mais bien l’ensemble de la race humaine. Le message d’Aronofsky se répercute sur tous les murs de toutes les salles où ses films sont présentés : « Soyons humains, dans toute notre laideur, mais surtout dans toute notre beauté, et en communauté. La divinité est égoïste, froide, mais surtout, inatteignable. »
P.S. Je compte actualiser ce texte à mesure que je reverrai les vieux films d’Aronofsky, et ses nouveaux. Inutile de dire que je suis particulièrement curieux de découvrir le traitement qu’il réserve à RoboCop. Exploitera-t-il, comme je m’y attends, la dualité entre la divinité et l’humanité du protagoniste? RoboCop souhaitera-t-il redevenir humain à la fin? Quelle sera sa relation avec sa famille, et sa partenaire? Y aura-t-il une suite? Autant de questions auxquelles je brûle d’envie de répondre. Alors, à la prochaine.
CRITIQUE: "THE WRESTLER"
Malgré une absence de presque 15 ans, Mickey Rourke crève l’écran dans ce récit intimiste, incroyablement réaliste d’un lutteur vieillissant. Ancien boxeur lui-même, Rourke et son personnage ont tout en commun, de sorte qu’en se dénudant comme il le fait devant la caméra, il se dénude véritablement. Chapeau au réalisateur Aronofsky pour s’être battu afin d’en refaire une star. Grâce à leur complicité exemplaire, ils ont su tirer le meilleur l’un de l’autre.
Certes, on est loin ici du génie débridé et du cinétisme haletant de Pi et Requiem for a Dream, mais il en est ainsi pour mieux cadrer le protagoniste tel qu’il est. Le film lui rend justice à merveille en doublant d’une réalisation plate, la platitude de son existence, et en filmant de façon mature et réaliste les combats sanglants dans lesquels il s’engage afin de regagner sa gloire perdue, mais surtout, en filmant amoureusement sa chair molle et meurtrie. Cela dit, l’immense cicatrice qu’il hérite de son pontage n’est pas sans rappeler la bras noirci d’Harry Goldfarb ou le trou dans la tête de Max Cohen. Fidèle à son habitude, Aronofsky reste ici grand peintre des meurtrissures.
Le seul reproche que je souhaite formuler à propos du film provient du modus operandi d’Aronofsky qu’on peut appeler le protagonisto-centrisme. Le film est si brillamment orchestré de façon à démontrer la vie intérieure de Randy « The Ram » que les personnages qui gravitent autour (ceux de Marisa Tomei, et Evan Rachel Woods, par exemple) sont sous-développés, au point de n’être pas réalistes du tout, mais purement symboliques. Les personnages de la fille délaissée et de la danseuse mélancolique n’arrivent certainement pas à nous émouvoir. Et puis d’ailleurs, le spectacle, ce ne sont pas elles. C’est Randy.
À voir pour le corps de Rourke, et pour découvrir les vraies coulisses de la lutte.
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